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Umanaqjuaq
que les Qallunaat connaissent aussi sous le nom Blacklead Island
Umanaqjuaq a compté parmi les plus importantes stations baleinières de la baie de Cumberland. Son nom signifie « comme le coeur d'un gros mammifère marin », ce qui décrit la forme de l'île vue de loin. Une partie des Inuit du côté ouest de la baie de Cumberland l'utilisaient comme campement hivernal.
Les Qallunaat ont rapidement vu en Umanaqjuaq une excellente base d'opérations, en raison de sa proximité de la banquise où se déroulait la chasse à la baleine au printemps. En octobre 1860, l'équipage du vaisseau américain Black Eagle érigea une habitation sur l'île. La même année, des baleiniers écossais bâtissaient leur propre station. Au début, les bateaux emmenaient des baleiniers qallunaat, mais on comprit bientôt qu'on pouvait embaucher des Inuit à leur place. Dès les années 1870, la plupart des baleiniers étaient inuit; les navires transportaient surtout des marchandises à troquer. Lorsqu'approchait le jour de l'arrivée d'un bateau à vapeur, les Inuit reniflaient le vent du sud pour détecter la fumée des moteurs. La fumée pointait à l'horizon avant qu'on aperçoive le bateau.
Les premiers missionnaires anglicans de la baie de Cumberland, dont Edmund Peck (Uqammaq), arrivèrent à Umanaqjuaq en 1894. Leur première église, construite en peaux de phoques par les Inuit, fut dévorée par des chiens affamés. Peu après son arrivée, Peck se mit à enseigner l'écriture syllabique. La nouvelle religion intéressa d'abord surtout les femmes. Dès 1900, beaucoup d'entre elles savaient lire les évangiles.
Dès la fin de la décennie, la mission servait de lieu de rencontre. On y tenait plusieurs services religieux par semaine. Enfants et jeunes adultes, y compris de jeunes mères et leurs bébés, étudiaient la Bible en après-midi. Les hommes y allaient les mercredis soirs pour jouer, fumer et regarder des livres d'images.
La musique tenait un rôle important dans la vie de l'île. Leah Nutaraq d'Iqaluit se souvenait des danses au son de l'accordéon. Après avoir dansé, elle recevait des friandises des capitaines qallunaat, du pain avec du beurre ou de la mélasse. Au moins un Inuit jouait du violon et les harmonicistes étaient nombreux, surtout parmi les femmes. La mission possédait aussi un harmonium (une sorte de petit orgue). L'explorateur allemand Bernhard Hantzsch a enseigné à plusieurs femmes à en jouer pendant son séjour sur l'île, en 1909-1910.
Hantzsch a également rédigé une description d'Umanaqjuaq. La partie est de l'île était pleine de qammait, en plus d'accueillir le poste de traite écossais, l'église et la mission avec ses deux petites pièces et sa cuisine. Ces demeures étaient protégées par une colline au sommet de laquelle se trouvaient de nombreuses tombes inuit. Hantzsch a dénombré 168 Inuit vivant près d'Umanaqjuaq, dont dix-neuf étaient de père qallunaaq.
À Umanaqjuaq, les Inuit ont trouvé beaucoup de bonheur, mais aussi de grandes misères dans les premières années du 20e siècle. Plusieurs peinaient à trouver de quoi manger. Les Inuit les plus pauvres (ceux qui n'avaient ni attelages de chiens ni qajait) étaient incapables de se rendre dans de meilleurs territoires de chasse au phoque. L'automne, ils devaient chasser sur de dangereux blocs de glace, à la limite de la banquise. Les chasseurs mieux équipés partageaient bien leur viande, mais les ressources étaient parfois insuffisantes. En 1905, durant un hiver particulièrement rigoureux, le missionnaire Julian Bilby se plaignit qu'on attendait des Inuit qu'ils troquent leur huile et leurs peaux de phoques, bien qu'ils n'eussent même pas de quoi alimenter leur qulliq. Les baleiniers ne leur distribuant pas suffisamment de vivres, plusieurs Inuit tombèrent malades.
Après la Première Guerre mondiale, Umanaqjuaq fut coupée du monde des qallunaat. Les Américains avaient déjà vendu leur station, et les missionnaires étaient partis. Le négociant écossais James Law demeura le seul qallunaaq sur l'île. Lorsqu'il fut à court de marchandises à troquer, il vécut des dons que lui firent les chasseurs inuit. C'est à cette époque que la plupart des familles se sont déplacées vers d'autres campements. Ce faisant, elles ont propagé l'écriture syllabique et le christianisme aux autres Inuit. La dernière capture d'une baleine à Umanaqjuaq remonte à 1921.



