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Singaijaq

La station baleinière de Cape Haven ( Singnula Point, Singnija, Nugumiute, New Gummiute Bay) Hudson Strait, Nunavut 126 Ko La station baleinière de Cape Haven ( Singnula Point, Singnija, Nugumiute, New Gummiute Bay) Hudson Strait, Nunavut

Région que les Qallunaat connaissent aussi sous les noms Cape Haven, Pointe Singnula, Singnija, Nugumiute et baie New Gummiute, entre autres variations.

Avant l'arrivée des baleiniers, Singaijaq était un camp inuit. Il se trouve au sud de la baie de Cumberland, le long de la côte jouxtant la baie Cyrus Field. En 1860, les baleiniers américains y étaient déjà actifs. Ils ont érigé une station baleinière permanente à la pointe est de Singaijaq, sur une île montagneuse qu'ils ont baptisée Cape Haven. L'endroit était peu profitable comme terrain de chasse à la baleine, mais il faisait un excellent poste d'observation. Les navires en direction de la baie d'Hudson y passaient souvent l'hiver, parce que la glace s'y brisait relativement tôt.

Sabellum Trading Company, Poste de traite à Singaijaq, Cape Haven 109 Ko Sabellum Trading Company, Poste de traite à Singaijaq, Cape Haven

Singaijaq servait de lieu de rencontre à plusieurs groupes inuit. Des familles d'aussi loin que le détroit d'Hudson y venaient travailler pour les baleiniers. Les peuplades du côté ouest de la baie de Cumberland entretenaient aussi des liens étroits avec cette station. Au début des années 1880, près de la moitié de ces gens y étaient nés.

On ferma temporairement la station de Singaijaq en août 1896, après le décès de son administrateur américain, le capitaine Timothy Clisby, pendant un voyage de pêche dans la baie de Cumberland. Quatre Inuit et deux autres Qallunaat avaient péri noyés dans cet incident. L'année suivante, les 120 Inuit qui habitaient Singaijaq déménagèrent à Umanaqjuaq (Blacklead Island), où plusieurs avaient de la parenté. La plupart d'entre eux sont retournés à Singaijaq à la réouverture de la station.

Singaijaq fut la dernière station américaine à demeurer ouverte dans la région de la baie de Cumberland. Elle passa aux mains des Écossais vers 1905. Les Inuit appelaient son nouvel administrateur, Osbert Clare Forsyth-Grant, M. Grant ou Mitsiga. Celui-ci a vécu à Singaijaq avec Nangiaruk, l'épouse de son employé Gotilliaktuk. En plus de lui faire des enfants, il envoya en Angleterre un de ses autres enfants, Ainiak. Là-bas, le garçon apprit à tricoter, talent qu'il enseigna ensuite à sa petite-fille Mary Ipeelie d'Iqaluit.

Mitsiga était soit malchanceux, soit un piètre capitaine. En 1908, il avait 65 Inuit de Singaijaq à bord lorsque son bateau fit naufrage en pleine tempête, à 145 kilomètres de la station. Rapidement, les Inuit transformèrent une voile en tente et utilisèrent la graisse transportée sur le bateau pour allumer des feux, ce qui permit à tous les naufragés de passer l'hiver. Trois ans plus tard, le second navire de Mitsiga, la Séduisante, s'échouait à Toojak, dans le détroit d'Hudson. L'équipage qallunaat choisit de demeurer à bord du bateau qui prenait l'eau, mais la nuit venue, une tempête leur tomba dessus, les emportant tous. Il y avait aussi 61 Inuit à bord, mais ceux-ci s'étaient réfugié sur la berge, où ils passèrent l'hiver avant de revenir en bateaux jusqu'à Cape Dorset au printemps suivant.

Après le décès de Mitsiga, la Sabellum Company of Scotland acheta Singaijaq pour en faire un poste de traite. En 1923, elle la vendit à la Compagnie de la Baie d'Hudson (CBH), qui s'affairait à ériger un monopole dans la baie de Cumberland. Les négociants de la CBH recherchant des peaux de renard, les Inuit de Singaijaq se déplacèrent vers des régions plus propices à la trappe.

Les Inuit ont continué à visiter l'ancien campement. Dans une vieille cabine, ils entreposaient plus d'une trentaine d'accordéons, probablement obtenus auprès de Mistiga. Chaque été, en allant chasser le caribou, ils y organisaient des danses. La Sabellum avait aussi abandonné des articles ménagers et des barils pleins de graisse, auxquels les Inuit n'ont pas touché pour près de 20 ans, attendant le retour possible des Qallunaat. Enfin, vers 1939, les Inuit ont démantelé les trois cabines de la station, utilisant le bois pour construire planchers et armatures de tentes.