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Les stations et les ports baleiniers
La création de stations baleinières, ouvertes à longueur d'année, révolutionna l'industrie baleinière environ soixante ans avant son déclin. Les baleiniers furent ainsi capables d'accroître leurs prises, leur profit, ainsi que leurs relations avec les familles et chasseurs inuit. Pour leur part, les Inuit commencèrent à entrer en contact et à collaborer avec les Européens et les Américains sur de plus longues périodes.
En 1851, des chasseurs inuit informèrent William Quayle, le capitaine du navire McLellan de la Nouvelle-Angleterre, que le meilleur temps de l'année pour chasser dans le Cumberland Sound s'avérait être le printemps et l'automne. Mais la courte période de navigation ne s'étirait pas jusque-là, car les navires baleiniers auraient eu de la difficulté à entrer dans les eaux arctiques en mai et à en sortir en novembre pour retourner vers leurs ports d'attache. Par conséquent, Quayle prit une décision qui changea la nature de la chasse à la baleine dans l'Arctique de l'Est : il laissa de leur plein gré quelques uns de ses hommes passer l'hiver dans les îles arctiques afin qu'ils se préparent pour la saison de chasse suivante. Le navire débarqua donc quelques marins à Qimmiqsut (Nimigen Island), dans le Cumberland Sound, parmi lesquels se trouvaient Sidney Budington et George Tyson, qui devinrent plus tard, à leur tour, des maîtres baleiniers accomplis.
Au départ, les baleiniers américains et écossais adaptèrent cette méthode d'hivernage en rendant leurs navires habitables pendant l'hiver, le laissant geler dans la banquise jusqu'au tout début du printemps. Plus tard, en 1857, le baleinier écossais William Penny fut le premier à construire des bâtiments sur le rivage dans le Cumberland Sound. Le premier fût construit à Nuvujen, puis le deuxième à Kekerten. Les baleiniers américains, eux, construisirent une station terrestre à Singaijaq (à cap Haven) dans le détroit d'Hudson où ils hivernèrent régulièrement de 1860 à 1905, année où ils vendirent la station aux Écossais.
En 1860, les frères Edward et Christopher B.Chapel furent les premiers capitaines américains à s'aventurer dans la baie d'Hudson, à bord des navires Syren Queen et Northern Light. Ils hivernèrent près de Depot Island, pas très loin de la communauté actuelle de Chesterfield Inlet (Igluligaarjuk) et du port d'hivernage de cap Fullerton, plus au nord. Bien que Marble Island fût un port d'hivernage populaire à un moment donné, des stations baleinières furent plus tard construites à Southampton Island (1899), Wager Bay (1900) et Cap Fullerton (1913).
Dans la région du détroit de Davis, le capitaine James Mutch construisit une station à Igarjua, près de Albert Harbour en 1903 pour la Sabellum Trading Company d'Écosse. Cette station fut vendue en 1910 à Joseph Elzéar Bernier, qui la renomma Berniera. En 1914, Henry Toke Munn, qui naviguait à bord de l'Albert, construisit son propre poste de traite à Button Point et racheta peu après Berniera, qu'il revendit par la suite à la Compagnie de la Baie d'Hudson en 1922.
Comme le nombre de baleines avait considérablement diminué vers la fin du dix-neuvième siècle, le commerce des fourrures, d'ivoire, de poissons et d'autres marchandises de la région devint la seule manière pour les compagnies baleinières de rentabiliser leurs opérations. Cela signifiait qu'il devenait essentiel d'établir des stations baleinières sur la terre ferme de façon à pouvoir travailler davantage avec les Inuit locaux. Au début du vingtième siècle, la Compagnie de la Baie d'Hudson s'installa plus au nord dans l'Arctique de l'Est et réussit à établir un monopole commercial.