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John C. Taylor
que les Inuit connaissent aussi sous le nom Irngutaq
John Taylor fut le dernier baleinier écossais à se rendre dans la baie de Cumberland. Né en 1892 à Dundee, il était encore enfant lorsqu'il perdit ses parents et sa soeur dans un accident. Sa tante l'envoya alors à l'orphelinat de Baldoven. Il se lia d'amitié avec le baleinier Robert Kinnes, et c'est sur un navire de cette compagnie qu'il visita la baie une première fois. Les Inuit appelèrent Taylor Irngutaq, ce qui signifie « petit-fils », croyant que le capitaine était son grand-père.
Au début des années 1900, Irngutaq revint chaque année dans l'Arctique, sur des bateaux tels le Morning ou l'Active. À l'âge adulte, il devint l'un des derniers capitaines de chasse à la baleine. Puisqu'il ne restait presque plus de baleines boréales, il marchanda d'autres types de graisse, ainsi que des peaux de caribou, d'ours, de loup, de morse, de renard et de phoque.
Taylor était généreux et bel homme, petit, mais fort, avec une chevelure noire et une présence imposante. L'un de ses petits-enfants, John McGuinn, l'a décrit comme un homme doux, mais ferme, doté d'une « voix à faire taire les dieux ».(1) Dans la baie de Cumberland, il se lia avec une Inuit dénommée Arnaqoq. Daisy Dialla, petite-fille de Taylor, a raconté comment les femmes comme Arnaqoq appliquaient de l'huile de phoque à leurs cheveux et se faisaient belles pour attirer les hommes qu'elles choisissaient. Nombreuses furent les demandes pour la main d'Arnaqoq, mais Taylor fut le seul homme à obtenir l'approbation paternelle. Le couple eut un fils, Joanasie. (2) Taylor lui rapporta d'Écosse de nombreux cadeaux, dont un gramophone, des vêtements, de la nourriture et des bonbons. Joanasie, étranger aux sucreries, n'a jamais aimé les bonbons!
Taylor entretenait aussi des liens étroits avec Angmarlik et Aasivak, le couple chargé de la chasse à la baleine à Kekerten. Il offrait à Aasivak toutes sortes de présents (figurines de porcelaine, robes, un gramophone). Il y en avait assez pour remplir une petite pièce à l'arrière de son qammaq. À l'époque, seuls les excellents chasseurs et les nantis disposaient de plus d'une pièce. Aasivak conserva tout en parfaite condition, mais un jour la pièce prît feu.
Les stations baleinières de la baie de Cumberland furent coupées de l'Écosse entre 1914 et 1918, en raison de la Première Guerre mondiale. Les visites de Taylor cessèrent. Il commanda le Cortez pendant la guerre, puis, en 1919, il épousa une Britannique, Agnes Millar Scott, de qui il aura trois filles. Les Inuit de la baie s'ennuyèrent de Taylor et de ses marchandises, les munitions tout particulièrement. Nowyook, un ancien résident d'une des stations baleinières, a raconté que les siens récupéraient les balles utilisées pour chasser. Ils fabriquaient de nouvelles balles à l'aide de boîtes de conserve, de bouts d'allumette et de poudre à canon. Les Inuit vivant loin des stations recommencèrent à chasser à l'arc.
Taylor revint dans la baie de Cumberland en 1920, puis l'année suivante, alors que la population d'Umanaqjuaq avait pêché une baleine. Il y eut un grand festin de mets du pays et on fit jouer le gramophone du bateau pendant des heures. Taylor échangea des munitions, des aliments, du tabac, de l'équipement de pêche et d'autres provisions contre la graisse et les fanons.
Taylor fit un dernier voyage en 1922, à bord de l'Easonian, un bateau à vapeur qui ne faisait que tomber en panne. Il décida de l'échouer à Kekerten, son plan étant de démonter son hélice et de le ramener à la voile. Malheureusement, alors que l'Easonian gisait sur les rochers, un générateur défectueux (déjà à l'origine d'un incendie l'année précédente) prit feu dans la salle des machines. L'équipe n'arriva pas à percer la coque pour éteindre les flammes. Les réservoirs de carburant explosèrent et, en moins de six heures, il ne resta plus rien du navire. On vit les flammes d'aussi loin qu'Idlungajung. Les marchandises pour la traite, munitions comprises, s'étaient envolées en fumée. Malgré l'hiver à craindre, les Inuit accueillirent les neuf hommes d'équipage (la plupart ayant tout perdu dans l'incendie) dans leurs demeures. Taylor et plusieurs baleiniers inuit traversèrent la baie en baleinière pour trouver un autre navire commercial écossais, l'Albert. Ce fut chose faite en moins de 48 heures. Le capitaine de l'Albert prit l'équipage à bord et le ramena en Écosse. À marée basse, on peut encore apercevoir l'épave de l'Easonian à Kekerten.
L'Easonian fut le dernier navire à partir de Dundee pour se rendre dans la baie de Cumberland. On ne le remplaça pas et Taylor ne revint jamais. Par la suite, il connut une illustre carrière et devint conseiller maritime auprès du ministère des Transports de l'Angleterre. On lui remit le titre de Commandeur de l'Ordre de l'Empire britannique. Il fut même invité à deux reprises à la table du palais de Buckingham. Taylor prit une retraite anticipée dans les années 1950, après avoir souffert plusieurs crises cardiaques. Agnes et lui retournèrent s'établir en Écosse, où il mourut en 1965. Il eut le temps d'enseigner à son petit-fils John McGuinn à chasser, pêcher et construire un radeau pour naviguer sur la rivière voisine.
Arnaqoq, la compagne inuit du capitaine Taylor, mourut peu après son dernier départ, laissant le jeune Joanasie orphelin comme son père. Joanasie fut adopté par la famille de son oncle. Il grandit principalement à Illutalik. Il se maria et eut des enfants. La plupart de ses descendants (la famille Dialla), habitent aujourd'hui à Pangnirtung. Après de nombreuses années de recherches, Andrew Dialla, l'un des petits-fils inuit de Taylor, a réussi à retracer sa parenté écossaise. En 2007, John McGuinn, petit-fils britannique de Taylor, a rendu visite à sa famille élargie nouvellement découverte. Deux des filles qallunaat de Taylor sont toujours en vie : l'une réside en Australie, l'autre en Angleterre avec John.
Cet article a été co-écrit par Karen Routledge et Andrew Dialla.
(1) John McGuinn, communication personnelle avec Andrew Dialla.
(2) Daisy Dialla, entrevue avec Andrew Dialla et Karen Routledge, 15 septembre 2008. Daisy nous a également raconté l'anecdote qui suit sur Aasivak, qu'elle tenait directement de cette dernière.











