Vous êtes ici : Accueil

Télécharger Adobe Flash player

Fermer

Dans notre famille, nombre de nos ancêtres étaient des baleiniers, autant du côté de ma mère, que du côté de mon père. Les membres de la famille de mon père avaient été embarqués à Kimmirut et amenés dans la région du Kivalliq. Ce sont eux qui, sans aucun doute, ont montré aux baleiniers comment chasser la baleine. Les baleiniers venaient tout juste d’arriver et ne connaissaient rien encore à l’océan. Nos ancêtres devaient leur indiquer où se trouvaient les baleines. Ils devaient leur dire, comme ça : « il y en a ici, et puis là-bas ». Nos ancêtres savaient où se trouvaient les baleines. Anirniq, la soeur de mon arrière-grand-mère Quvianaqtuq, est née dans ce temps-là. C’était une de ses plus jeunes sœurs et j’ai eu la chance de la connaître. Anirniq est née sur un navire baleinier. Beaucoup de gens parlent d’elle quand ils content leurs histoires. J’avais rencontré Anirniq à Cape Dorset dans les années 1970 et elle m’avait parlé d’autres membres de ma famille, dont Annie Kimilu et Johnnibo. Johnnibo était le mari d’Annie. C’était un baleinier inuk et les Inuit l’avaient aidé à sortir de Pangnirtung. Je crois qu’il travaillait à Kekerten, ainsi que dans la région de la baie de Cumberland. Les baleiniers américains et écossais devaient aussi contribuer à trouver les baleines. Les gens ont toujours aimé raconter des histoires sur Johnnibo.

Johnnibo avait vu des baleiniers voler de la viande et de la graisse de baleine qui appartenait aux gens pour qui il travaillait. Il avait tout vu et savait que les hommes qui avaient volé la viande étaient repartis vers le sud. Peu après cet épisode, Johnnibo et le baleinier pour qui il travaillait seraient à leur tour partis vers le Sud pour les poursuivre en cour. J’imagine que Johnnibo parlait et comprenait l’anglais. Il avait probablement appris des baleiniers. Il a donc été emmené dans le sud avec sa femme Kimilu, que les gens appelaient Annie. Leur fille Kallaarjuk était une de mes bonnes amies. Elle est morte en 1953. Elle était petite quand ils ont été emmenés par bateau à Boston, pour témoigner lors du procès. Les gens ont souvent raconté des histoires à propos de Kallaarjuk, disant que c’était sa première fois au pays des blancs. D’ailleurs, lorsqu’ils sont arrivés près de Boston, ils se souviennent d’avoir vu, de très loin, beaucoup de lumière. Cette histoire était racontée lorsque nous vivions à cap Dorset.

L’Honorable Ann Meekitjuk Hanson, Commissaire du Nunavut

Des deux côtés de sa famille, Ann Meekitjuk Hanson trouve des baleiniers dans son arbre généalogique. Elle explique comment les Inuit furent importants pour les baleiniers en les introduisant à l’océan arctique et aux baleines. Elle raconte aussi l’histoire de Johnnibo et Kimilu qui allèrent jusqu’à Boston témoigner dans une cause concernant le vol d’une baleine.

Les baleiniers sont aussi nos ancêtres

L'Arctique de l'Est 183 Ko L'Arctique de l'Est

Nous avons tous entendu des histoires de baleiniers de la bouche de nos aînés, des gens qui se souviennent de ce temps-là. Les baleiniers étaient présents un peu partout dans le Nunavut : dans la région du Kivalliq, autour de Kimmirut, à Pangnirtung et plus au nord.

Cela dit, nous ne connaissons pas cette époque uniquement à travers les vieilles histoires. Lorsque nous voyageons en bateau et que nous campons, l'été, nous croisons souvent de vieux os de baleine. C'est ainsi que nous savons que nous avons eu des ancêtres baleiniers. Nos ancêtres étaient baleiniers; la plupart étaient des Inuit, mais quelques-uns étaient des hommes blancs. Leur race importe peu; Blancs ou Inuit, ils étaient nos ancêtres et nous devons respecter cela. Je respecte qui ils étaient, même les baleiniers.

Avant la présence des Blancs dans le Grand Nord, nos ancêtres transmettaient leur connaissance de la chasse à la baleine aux jeunes générations. Les Inuit aussi étaient chasseurs de baleines; on le sait à cause de tous les os de baleine qu'on retrouve dans la construction des habitations qu'ils ont laissées. À nous maintenant de transmettre ce savoir à nos enfants et à nos petits-enfants, parce qu'il est important de connaître l'histoire de nos ancêtres.

On sait à quel point les baleiniers tenaient à l'aide des Inuit. Ce n'est pas étonnant : nos ancêtres savaient où et comment chasser; ils connaissaient le territoire, les rivières, les lacs et tout ce qui les entourait. Ils ont aidé les baleiniers à survivre. Sans le secours des Inuit, ceux-ci se seraient perdus et seraient morts de faim et de froid.

L'aide inuit ne se limitait pas aux hommes. Les femmes s'occupaient des chiens; elles cousaient des kamiit et des vêtements. Elles accompagnaient les hommes sur les bateaux de chasse.

Les baleiniers disaient aux gens : « Nous serons de retour à pareille date l'an prochain », ce qui voulait généralement dire en juillet-août, lorsque la glace serait partie. Les Inuit se rassemblaient pour attendre l'arrivée des bateaux; on se relayait en haut d'une colline pour surveiller l'arrivée des bateaux ou de leur fumée. Si le vent soufflait dans la bonne direction, il était possible de humer la fumée d'un navire un jour ou deux avant qu'on puisse le distinguer. Lorsque celui-ci apparaissait enfin à l'horizon, la vigie s'écriait : « Oh, umiarjuaq umiarjuaq umiarjuaq! » et dévalait la colline pour répandre la bonne nouvelle. Quand j'étais petite, on grimpait encore sur les collines pour surveiller les navires. Lorsqu'on en apercevait un, on courait avertir les gens.

À une certaine époque, les Inuit cherchaient à obtenir des objets des Blancs, comme des tasses, des théières, des harpons de métal et des couvertures, tout ce qu'ils apportaient. Les Inuit échangeaient même leurs femmes avec des capitaines ou même avec de simples marins. Si un Blanc désirait une femme, il la demandait à son mari. Timilaaq racontait une histoire au sujet des échanges pour obtenir du tabac, des couvertures et d'autres articles provenant des Blancs. À cette époque, ses histoires nous amusaient beaucoup.

De nouvelles maladies sont apparues; on a compris qu'elles étaient apportées par les gens du Sud. Les navires ont introduit dans le Nord la tuberculose, les maladies pulmonaires et les rhumes. Les Inuit qui vivaient sur la toundra n'avaient jamais vraiment souffert de ces maladies avant. Avec l'arrivée des navires, les choses ont changé. C'est d'ailleurs l'aspect attristant des histoires qu'on raconte sur les premiers contacts avec les Blancs.

J'ai entendu des histoires sur ce que faisaient les baleiniers. Il y a eu des baleiniers parmi les membres de ma famille. Nous devons respecter notre histoire. Moi, je la respecte. Nous sommes ici grâce à nos ancêtres. Il importe de savoir tout cela, pour tous les Inuit de notre territoire: les baleiniers sont aussi nos ancêtres. Respectons notre histoire; respectons qui nous sommes aujourd'hui, grâce à ces baleiniers. Merci.

Texte tiré d'une entrevue avec l'honorable Ann Meekitjuk Hanson
Commissaire du Nunavut